𝗨𝗻 𝗲𝗻𝘀𝗲𝗶𝗴𝗻𝗮𝗻𝘁 𝗽𝗿𝗼𝗳𝗲𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹 : 𝗽𝗹𝗲́𝗼𝗻𝗮𝘀𝗺𝗲 𝗼𝘂 𝘂𝘁𝗼𝗽𝗶𝗲 ?
- Zoubir Yahiaoui

- 29 déc. 2023
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𝐄𝐧𝐭𝐫𝐞𝐭𝐢𝐞𝐧 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐏𝐡𝐢𝐥𝐢𝐩𝐩𝐞 𝐏𝐞𝐫𝐫𝐞𝐧𝐨𝐮𝐝
AP : Le processus de professionnalisation se joue-t-il uniquement à travers la formation ?
PhP : Non. Pour favoriser la professionnalisation du métier d'enseignant, il faut, toucher également au cahier des charges des enseignants en place ; à la part d'autonomie et de responsabilité personnelle qu'on leur reconnaît ; au mode de gestion des écoles, avec une part plus large faite à l'autorité négociée, à la participation ; au mode d'évaluation des enseignants et des établissements ; au statut des équipes pédagogiques et au pouvoir qu'on leur délègue ; à la place faite aux parents dans la gestion des établissements ; au statut des élèves et aux droits qu'on leur reconnaît ; à la nature des programmes et des objectifs de l'enseignement et même aux technologies éducatives mises à la disposition des enseignants.
La formation continue est un levier majeur de professionnalisation, mais elle doit être en cohérence avec la formation initiale, qui ne peut se contenter de dispenser les savoirs disciplinaires et didactiques, mais doit construire de véritables compétences professionnelles.
AP : Dans la formation, quelles sont les ingrédients clés de la professionnalisation ?
PhP : Former à une pratique réflexive et à une implication critique fondées sur une éthique et une forte identité professionnelle : c'est ce qui me semble prioritaire. Il est inutile de surcharger les programmes de formation initiale de savoirs disciplinaires et didactiques, si l'on ne prend pas le temps d'apprendre à les intégrer, à les mobiliser dans l'action. Les ingrédients clés de la professionnalisation à travers la formation ne sont pas d'abord des contenus, mais des démarches de formation : véritable articulation théorie-pratique, démarche clinique, résolution de problèmes, apprentissage de l'analyse de situations, de la coopération, de l'écriture professionnelle, de l'approche systémique.
L'important est de viser des compétences et de travailler les savoirs comme des ressources, non comme des fins en soi. Il ne s'agit pas de tourner le dos aux savoirs disciplinaires ou méthodologiques, mais de les mettre au service de l'action. Ce qui remanie sensiblement les dispositifs et les offres de formation.
AP : Allons-nous dans ce sens ?
PhP : Lentement, parce que tous les acteurs sont ambivalents. Les ministères hésitent à faire confiance et à donner une véritable autonomie professionnelle aux enseignants, ces derniers ne tiennent pas à assumer les responsabilités correspondantes. La crise des finances publiques ne simplifie pas le tableau. Toutefois, contrairement à ce qu'on croit, le coût de la professionnalisation n'est pas d'abord financier, il est politique, c'est le coût de la délégation de pouvoir et de sa réciproque : accepter de rendre des comptes quand on n'est pas " à son compte " !
Fin
Entretien avec Philippe Perrenoud
Propos recueillis par Anne Popet pour le Journal des Instituteurs

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