Bref aperçu sur le contexte sociolinguistique algérien
- Zoubir Yahiaoui

- 11 janv. 2024
- 2 min de lecture
La réalité sociolinguistique au Maghreb a été abondamment décrite par les linguistes algériens et autres non sans passion, dans certains cas. En effet, Les travaux chevauchent entre descriptions et interprétations, suscitant d’éternels débats que nourrissent les diverses obédiences et tendances de leurs auteurs, au point que certains d’entre eux n’entrevoient, parfois, la solution que dans l’étude des pratiques effectives des locuteurs/scripteurs algériens et se limitent ainsi à la description du contact des langues en présence, mais est-ce que tel est l’objectif de la discipline dans laquelle j’inscris ces réflexions ? Qualifiée de subversive (Baylon, 1996 : 453), le rôle de la sociolinguistique étudiant les covariances entre langue(s) et société, n’a-t-il pas vocation d’être interventionniste dans le sens où il pourrait constituer une force de proposition et une source de préconisations ? Preuve en est que les pionniers de cette discipline que sont William Labov, Joshua Fishman, Dell Hymes étaient mus par une volonté humaniste, laquelle les a amené à s’engager scientifiquement.
Cet engagement ou ce positionnement scientifique avait pour visée de remédier aux échecs engendrés par les idéologies en place.
Dans ce chapitre, outre le traitement de considérations liées au plurilinguisme en Algérie, je m’intéresse à deux principaux points que sont la dénomination des langues et leurs statuts. En effet, le problème de la dénomination des langues est à mettre en rapport avec les effets de l’idéologie.
Je pense que l’évocation du mot ne devrait pas être occultée sous prétexte que cette dernière n’a pas sa place dans un débat scientifique. Car ce dernier se doit d’abord de la démasquer pour parer ensuite à ses pièges et permettre de prendre conscience de l’hétérogénéité des contextes socioculturels. L’assumer suppose également des implications sociolinguistiques et sociodidactiques qui, parfois, s’inscrivent à contre-courant des choix politiques adoptés jusque-là dans ces domaines. Cependant, le même problème se pose lorsqu’il s’agit par exemple de définir le corollaire de la langue qu’est l’identité. Le sociolinguiste peut se voir aisément accusé de délit d’identitarisme.
La question de la dénomination sera abordée du point de vue de l’usage que l’on en fait en contexte universitaire algérien où des considérations critiques s’imposent. L’objectif est de résoudre les difficultés liées à l’hétérogénéité de l’état de la dénomination des langues en Algérie, des18 dénominations qui sont souvent subsumées d’idéologie et gouvernées essentiellement par des enjeux de pouvoir.
Aborder les pratiques langagières telles qu’elles ont cours en Algérie, dans quelque domaine que ce soit, nécessite donc de traiter de leur corollaire qu’est la dénomination notamment lorsqu’il s’agit d’aborder les statuts des langues.
Cette démarche requiert également une rétrospective historique sur la question des langues, laquelle s’insère dans la problématique plus large de l’identité et dont la définition demeure controversée dans les sociétés postcoloniales. Ces dernières se traduisent le plus souvent par des quêtes idiomatiques (Thaâlbi, 2002 : 9). La langue se fait dès lors l’hypostase d’une identité mal vécue donnant lieu à un discours qui l’hypertrophie. (Dourari, 2003 : 14) Seront abordés dans ce chapitre les statuts politiques, mais aussi les statuts sociolinguistiques des langues pratiquées en Algérie, c'est-à-dire la réalité des pratiques en cours. Il en ressortira des paradoxes entre les faits, les corpus et les statuts. Ce caractère paradoxal concerne l’arabe institutionnel, le français, l’arabe algérien et les langues berbères et impliquent les alternances codiques auxquelles elles donnent lieu.

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