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INTERACTION ET CLASSE DE LANGUE

Voici quelques notions qui ont contribué au développement des études sur l’interaction dans le domaine des sciences du langage et des théories de l’apprentissage,

1. L’évolution de la notion d’interaction en classe de langue comme espace physique dans son acception de « salle de classe », et comme lieu d’interactions véhiculées par une méthodologie de référence. Cette évolution sera vue à travers l’analyse de pratiques de classe proposées par les méthodes de FLE qui se sont succédé dans le temps.

2. La classe comme espace interactionnel où se croisent constamment les rôles de l’enseignant et les motivations des apprenants. Une classe de langue peut être perçue en termes d’objet social, en tant que réalité éducative faisant partie d’une institution, à propos de laquelle on peut parler d’un « espace communicationnel » constitué par le réseau d’interactions qui s’y établissent entre apprenant et enseignant, entre apprenant et outil d’apprentissage et entre apprenant et apprenant.

3. Les interactions ayant lieu entre des sujets qui ont des rôles définis par l’institution sur la base de « règles » qui fixent des routines, des « rituels », selon des pratiques interactionnelles qui relèvent de la communication « authentique », car les participants sont liés entre eux par un contrat didactique. Mais, pour qu’il y ait une prise de conscience de la nécessité du travail coopératif que ce contrat comporte, il faut l’expliciter en tant que « contrat pédagogique ou d’apprentissage » qui fixe des « règles du jeu » négociées, partagées et acceptées entre apprenants et enseignants.

1. L’interaction dans le temps

1.1. Interaction et sciences du langage

Si déjà en 1929 le linguiste et sémiologue russe Michail Bakhtine (1977, p. 136) soulignait l’importance des relations sociales dans les échanges langagiers en affirmant que “L’interaction verbale constitue ainsi la réalité fondamentale de la langue”, c’est surtout aux Etats-Unis, dans les années 60, que l’intérêt pour la notion se développe. Dell Hymes et John Gumperz (1964) donnent naissance au courant de « l’ethnographie de la communication » affirmant que le langage relève du social et que pour l’étudier il faut suivre une approche ethnographique qui conjugue à la fois l’anthropologique et le linguistique.

En Europe Roman Jakobson (1963) propose, à son tour, dans ses Essais de linguistique générale, un schéma de la communication verbale où à chaque élément de l’échange communicatif il fait correspondre une fonction communicative.

Contexte

(Fonction référentielle)

Destinateur Message Destinataire

(Fonction émotive) (Fonction poétique) (Fonction conative)

Contact

(Fonction phatique)

Code

(Fonction métalinguistique)

Dix ans plut tard, Hymes (1972) construit son modèle SPEAKING qui introduit la notion de compétence de communication comme compétence complexe et qui dépasse largement le linguistique de par la prise en charge d’éléments comme le cadre, les participants…, directement liés à la situation sociale dans laquelle l’interaction a lieu. Il considère en effet que les fonctions du langage ne sont ni fixes ni universelles, mais qu’elles changent selon la situation, d’où qu’il vaut mieux les définir à partir du contexte où elles se réalisent.

S = SETTING / CADRE

P = PARTICIPANTS / PARTICIPANTS

E = ENDS / FINALITES

A = ACTS / ACTES DE PAROLE

K = KEY / TONALITE

I = INSTRUMENTALITIES / INSTRUMENTS (MOYENS DE COMMUNICATION)

N = NORMS / NORMES (HABITUDES)

G = GENRE / GENRE (TYPE D’ACTIVITE DE LANGAGE)

Les années 80 marquent un déplacement d’intérêt de la communication à l’interaction conversationnelle qui privilégie les études sur les échanges oraux. “Parler, c’est interagir” dira Gumperz (1982, p. 29) en soulignant par là la priorité de la fonction interactionnelle du langage et la dimension sociale dans laquelle il se situe. A cela s’ajoutent les réflexions sur le poids de la culture dans laquelle les échanges ont lieu (Kerbrat-Orecchioni,1992) et les apports de la psycholinguistique et les travaux sur l’interactionnisme communicatif de Carlo Galimberti (1994). Pour ce dernier, l’interaction est une action qui passe d’un sujet (S1) à un autre (S2) et a une influence rétroactive réciproque que chaque locuteur exerce sur les actions verbales de l’autre ; autour du circuit qui lie les deux sujets se crée un système R d’ordre supérieur. Dans cette perspective le message que le locuteur adresse au destinataire est considéré aussi adressé au locuteur lui-même. Ce que je te dis je le dis aussi à moi-même. C’est ce qu’on appelle un phénomène de « double écoute ». Parler et comprendre ne sont plus des actions indépendantes : le locuteur doit savoir comment son destinataire a reçu son message par une sorte de rétro-compréhension. Ce que tu comprends, c’est ce que j’ai réussi à te dire. Le message résulte donc de l’initiative conjointe des interlocuteurs

1.2. Interaction et théories de l’apprentissage

La zone proximale de développement

« La possibilité plus ou moins grande qu'a l'enfant de passer de ce qu'il sait faire tout seul à ce qu'il sait faire en collaboration avec quelqu'un est précisément le symptôme le plus notable qui caractérise la dynamique de son développement et de la réussite de son activité intellectuelle. Elle coïncide entièrement avec sa zone proximale de développement » (Vygotsky, 1997, p. 353). Cette affirmation célèbre de Vygotsky place l'interaction sociale à la base de l’apprentissage et du développement cognitif, y compris l’appropriation du langage. La zone proximale de développement est un espace de transformation progressive des compétences cognitives chez l'apprenant qui se trouve dans une activité d’apprentissage en présence d’un adulte ou d’un pair expert.

L’interaction de tutelle

Reprenant de Piaget l’idée de la « construction » des concepts et de Vygotsky l’idée de « zone proximale de développement », Bruner définit « Interaction de tutelle » l’intervention d’un tuteur qui comprend une sorte de processus d’étayage. C’est cela « qui rend le novice capable de résoudre un problème, de mener à bien une tâche ou d’atteindre un but qui auraient été, sans cette assistance, au-delà de ses possibilités.

 
 
 

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